Bernadette BOURZAI

Création d’une première année commune aux études de santé sans concertation !

jeudi 12 février 2009

Le Sénat a étudié mercredi 11 février une proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale le 18 décembre dernier portant création d’une première année commune aux études santé et facilitant la réorientation des étudiants.

Le groupe socialiste du Sénat a été très vigilant sur cette question et a auditionné les représentants des Associations nationales des étudiants en médecine, Sages-femmes, et Kinésithérapie dans le court laps de temps dont il disposait avant d’élaborer ses propositions.

En effet, les étudiants de ces filières sont les premiers concernés par ce projet de réforme réalisé sans concertation et dans la précipitation et il était donc important de connaître leur avis et leurs inquiétudes sur les points suivants :
- réorientation de la majeure partie des étudiants en situation d’échec vers les filières scientifiques et donc sans homogénéisation des passerelles qui existent dans certaines universités notamment vers des filières non scientifiques
- exclusion des futurs kinésithérapeutes alors que 2/3 des Instituts de Kinésithérapie recrutent actuellement à la fin de première année de médecine et des infirmiers qui se voient pourtant désormais déléguer des actes médicaux
- impossibilité d’organiser des TD de 25 élèves comme c’est le cas actuellement pour certaines disciplines et donc détérioration de la qualité de l’enseignement
- absence de dispositif favorisant une meilleure orientation et dangers de la réorientation en milieu d’année
- absence de valorisation du tutorat alors que perdure le système des « officines privées » permettant aux seuls étudiants issus des milieux favorisés de préparer le concours en parallèle aux études à l’Université ;
- maintien de numerus clausus ;
- manque de moyens financiers et humains dans les Universités pour accompagner la réforme ;
- entrée en vigueur précipitée du dispositif dès la rentrée 2009-2010 alors que le processus de Bologne fixe 2010 comme date buttoir

Les socialistes du Sénat reconnaissent que cette réforme des études de santé est une nécessité pour une intégration dans le système européen (LMD) et pour permettre une meilleure réorientation des étudiants qui échouent au concours.

Ils pensent toutefois que le diagnostic établi par le Professeur Jean-François Bach sur la réforme de la première année de médecine, dans son rapport remis en Février 2008 aux ministres chargés de l’Enseignement supérieur et de la Santé et qui inspire cette proposition de loi, aurait mérité des échanges au sein des commissions des Affaires culturelles et des Affaires sociales et avec le Gouvernement. D’une manière générale, ils estiment qu’une réforme d’une telle importance mérite plus de temps et de réflexion.

Même si un consensus s’est dégagé le 11 février, avant le débat en séance, pour que la réforme de la première année des études de santé soit reportée d’un an ainsi que celle du dispositif de réorientation des étudiants en difficultés, les socialistes ont maintenu leur demande de renvoi du texte en commission des affaires culturelles. Il leur semble en effet nécessaire que le dispositif soit précisé et que les présidents des universités des filières médicales, les étudiants, les professionnels et le Gouvernement soient auditionnés officiellement.

Bernadette Bourzai étaient dans les premiers signataires de la quinzaine d’amendements déposés par le groupe socialiste qui proposaient des modifications substantielles de la proposition de loi en reprenant notamment quelques intéressantes préconisations du rapport Bach qui n’apparaissent pas dans la proposition de loi. Mais ces amendements n’ont malheureusement pas été adoptés.

Ces amendements visaient à :
- inclure les infirmiers et les kinésithérapeutes dans la première année des études de santé
- s’assurer que les nouveaux outils de communication ne remplaceront les cours et les travaux dirigés dispensés par un enseignant
- harmoniser les enseignements et les modalités du concours au niveau national
- développer l’information des lycéens et des étudiants sur le contenu et la longueur des études et sur les métiers de la santé
- développer l’encadrement des étudiants de 1ère année en s’appuyant sur un tutorat impliquant des étudiants des années supérieures et des professeurs.
- rendre seulement volontaire et non obligatoire la réorientation précoce à l’issu du premier semestre, etc.

Satisfaits que le report d’un an ait été voté mais estimant que trop de questions demeurent sans réponse et seront donc réglées par décret alors que le Parlement aurait pu améliorer la proposition de loi, les socialistes du Sénat se sont abstenus sur le vote final.

Bernadette Bourzai tient à vous assurer que les socialistes seront vigilants sur une autre réforme d’importance pour le secteur de la santé, celle de l’hôpital, qui aurait d’ailleurs pu être jointe à celle des études médicales et qui soulève autant d’inquiétudes.

Vous pouvez consulter l’intégralité des débats sur le Site internet du Sénat.


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