Bernadette BOURZAI

Crise du lait : Bernadette BOURZAI saisit le ministre de l’agriculture

mardi 22 septembre 2009 par Bernadette Bourzai

Bernadette BOURZAI a écrit, ce lundi 21 septembre, à M. Bruno LE MAIRE, ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche. Insistant sur les conséquences très graves de la crise laitière dans les territoire de montagne, comme dans le Massif Central, elle lui a transmis une motion élaborée par son collègue sénateur socialiste du Tarn et questeur du Sénat, Jean-Marc PASTOR.

Ci-dessous de le texte de la lettre de Mme BOURZAI et le texte de la motion.

Monsieur le Ministre,

Je me permets d’appeler votre attention sur la motion, dont copie jointe, qui concerne les graves difficultés économiques auxquelles sont confrontés les producteurs de lait et qui vous a été adressée par mon collègue M. Jean-Marc PASTOR, sénateur du Tarn.

Je souscris pleinement aux termes de cette motion. (Voir ci-dessous)

Dans les zones de montagne, ces difficultés sont particulièrement angoissantes. Les mesures qui sont proposées sont totalement insuffisantes.

La production de lait n’est pas une activité qui s’improvise. Elle se construit sur le long terme. Elle doit échapper à la brutalité des fluctuations du marché. Elle doit permettre à celles et ceux qui la pratiquent de vivre de leur travail. Or, le prix du lait acheté par les consommateurs a augmenté depuis plus de vingt ans sans commune mesure avec celui qui est payé aux producteurs. Aujourd’hui, ils constatent qu’ils travaillent autant pour gagner beaucoup moins.

Les facilités de crédits qui pourraient être apportées aux éleveurs n’ont pas la vertu de relever les ressources qui leur permettraient de rembourser les emprunts. La fermeture de certaines exploitations, comme l’envisage la commissaire européenne, n’est pas une solution. D’une part, cela entraînerait des répercussions très négatives chez les marchands d’aliments et de matériel. D’autre part, cela ne ferait que déplacer le problème. En effet, de nombreux producteurs laitiers voudront produire de la viande. Le risque de voir augmenter significativement l’offre de viande et donc d’avoir à affronter une baisse des cours de celle-ci est réel.

Dans notre pays, les conditions sociales, sanitaires et environnementales de production laitière sont orientées vers la recherche de la qualité. On ne peut donc pas soumettre celle-ci aux lois de l’offre et de la demande autour de la seule notion du prix. Il faut protéger cette production. A cet égard, de simples mesures d’étiquetage et d’information du consommateur sur l’origine française du lait commercialisé sont insuffisantes. Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités. Il convient de tirer rapidement les leçons des conséquences néfastes de l’augmentation des quotas que nous constatons aujourd’hui et stopper la politique qui conduit à leur abandon avant qu’il ne soit trop tard.

La crise actuelle du lait risque de dégénérer sur toute notre économie agricole et au-delà, sur celle des territoires. Les plus fragiles, ceux de montagne, risquent d’être les plus durement touchés. La désertification va s’accélérer.

Je vous demande de défendre le maintien des quotas laitiers ou toute politique permettant de garantir un prix du lait versé aux éleveurs au moins égal à trente centimes, ce qui constitue la référence sur laquelle sont calculés les investissements.

Vous remerciant pour les réponses que vous pourrez m’apporter, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

Signé : Bernadette BOURZAI

Motion pour une régulation publique forte du marché du lait et pour des revenus décents aux producteurs laitiers :

Les producteurs de lait sont en difficulté. Le prix du lait n’est pas suffisamment rémunérateur pour qu’ils puissent dégager un revenu de leur activité.

• Face à des excédents de l’offre sur le marché européen du lait qui empêchent d’obtenir des prix du lait rémunérateurs et anéantissent les exploitations et les structures régionales ;

• Face à une augmentation du prix des intrants depuis deux ans entraînant une augmentation des coûts de revient de l’ordre de 20 euros pour 1 000 litres ;

• Face à une chute des prix sans précédent (de 400 € la tonne en janvier 2008 à 250 € la tonne actuellement), qui génère aujourd’hui des livraisons de lait à perte par les producteurs ;

• Face à des négociations infructueuses avec les entreprises agroalimentaires et la grande distribution ;

• Face à des mesures d’urgence prises par l’Union européenne pour stabiliser le marché (stockage et restitutions à l’exportation) qui demeurent insuffisantes ;


• Il incombe aux pouvoirs publics de réguler l’offre à l’échelle européenne. Seules la régulation et la modulation peuvent offrir des perspectives d’avenir à la filière, c’est-à-dire aux éleveurs sur l’ensemble du territoire.

Le marché du lait ne peut procurer un équilibre financier rémunérateur pour les producteurs s’il est entre les mains de seulement quatre ou cinq industriels laitiers (Sodial, Lactalis, 3A…).

Les pères de l’Europe l’avaient compris : le libéralisme ne fait pas bon ménage avec l’agriculture. Le fonctionnement capitalistique ne protège que la valeur de l’action au détriment des producteurs. Il est donc urgent que l’intervention publique le corrige.

• Il incombe au gouvernement de garantir le maintien d’un prix du lait équitable et juste ainsi qu’un salaire mensuel décent aux éleveurs laitiers par une contribution supplémentaire à la tonne de lait produite (aujourd’hui, le prix de revient du lait est compris entre 325 et 350 € la tonne selon les exploitations). Or, les aides allouées jusqu’ici par le gouvernement semblent assorties de critères empêchant le plus grand nombre d’y avoir accès.

• Il est en outre essentiel que le Gouvernement s’attache à pérenniser le système des quotas laitiers qui a largement fait ses preuves depuis 25 ans.

Les éleveurs méritent autre chose que cette situation dans laquelle ils fournissent le plus gros effort sans être payés de retour.

Au nom de tous ceux sont venus me rencontrer dans la période récente, qui représentent le territoire, je vous demande de soutenir vous-aussi l’agriculture contre les tentations de la Commission. C’est de la plus grande importance.

Les producteurs laitiers attendent beaucoup du gouvernement. Le report d’un an d’annuités d’emprunt serait déjà un geste qui leur redonnerait quelques facilités au quotidien.


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